Chez Sacha Vatkovic, tout commence par la matière.
Avant l’image, il y eut la cuisine : une culture du geste, du temps et de la transformation. Vivant entre Paris et la Serbie, il conserve de cette double appartenance un rapport physique aux choses : préparer, manipuler, attendre le point juste, reconnaître l’instant où une matière devient pleinement visible.
Formé à la photographie culinaire au studio ELLE, puis à la mode et à la beauté au studio Rouchon, Sacha Vatkovic construit un langage où les frontières s’effacent. La peau et la chair d’un fruit, un sirop et un vernis, un drapé et une pâte travaillée répondent aux mêmes lois de lumière, de brillance et de forme. Il ne photographie pas des sujets, mais des états de matière.
Son expérience de styliste culinaire prolonge cette approche. Elle lui permet de concevoir seul ses décors, ses surfaces, ses textures : rien n’est simplement posé, tout est construit comme un espace sensible où la lumière, la couleur et la matière dialoguent. Chaque image naît ainsi d’un rapport direct à ce qu’il transforme et met en scène.
Son travail s’organise autour de trois axes : la couleur, la matière et la composition. Coloriste, il privilégie les aplats francs, les contrastes nets, les tensions assumées. La matière — peau, sucre, pétale, pierre, fruit blessé, moisissure — n’est pas reproduite, mais révélée. La composition, elle, repose sur une recherche centrale : le nombre d’or. Les lignes, qu’elles viennent d’un pli, d’une tige, d’une fissure ou d’une coulure, orientent le regard, désignent le point de tension et créent une harmonie presque instinctive. Le nombre d’or n’y agit pas comme une règle, mais comme une structure sensible, capable d’attirer l’œil là où l’image doit se charger d’émotion.
Dans ses natures mortes, Sacha Vatkovic s’attache à sublimer ce qui échappe aux standards ordinaires de beauté : fruits imparfaits, matières altérées, formes abîmées, textures instables. Il ne corrige pas l’imperfection ; il la déplace vers le champ du désirable. Un fruit qui se fane, une surface qui se transforme, une matière en voie de décomposition deviennent des objets de contemplation.
À cette dimension matérielle s’ajoute une mémoire plus intime : celle des couleurs, des formes et des images des années 70 et 80. Il ne s’agit pas de nostalgie formelle, mais d’un passage vers l’enfance, vers un temps où le monde semblait plus lumineux, plus libre, plus immédiatement beau. Ses photographies fabriquent des espaces de rêve, des lieux suspendus où l’image devient une machine à voyager dans le temps. Non pour revenir en arrière, mais pour retrouver une sensation : l’insouciance d’un regard d’enfant, la joie simple d’un monde encore intact.
Son œuvre célèbre une beauté fragile, organique et périssable : une beauté née de la matière, conduite par la ligne, traversée par la couleur, et ordonnée par une harmonie secrète.